18 juillet 2009
Que faites-vous ici?
Vous êtes-vous perdu? Vous venez d'accéder à un recoin inexploré de la toile. Pour quelle raison? Vous étiez sans doute en quête de tout autre chose. Pensez-vous que de vous retrouver sur cette page était votre destin ? Le destin n’existe pas, ou alors il change continuellement, à chacun de nos gestes il prend une issue différente. dans ce cas c'est vous qui écrivez votre destin, vous en ête le seul maître. Le destin, c'est la conséquence de vos actes, le bout du chemin que vous avez suivi. On parle de destin lorsque l’on rejette toute idée de cause, lorsque l’on dit « C’était son destin » au lieu de trouver une raison valable. Quoi qu’il en soit, il peut toujours en être autrement, rien n’est « écrit ». Ce que l’on écrit sur le futur, ce ne peut être que des probabilités et jamais des certitudes. La science-fiction prend en compte toutes les probabilités pour mettre en forme quelque chose de plausible.
Bref, dans ce blog, quelques écrits personnels de science-fiction.
Chronique des derniers domaines
Peu de gens dans la rue, et pourtant la météo était favorable à une sortie en plein air. Les 48°C que retenait l’atmosphère grisâtre et pesante de la ville de Komph-Zayomi était tout à fait supportables pour toute personne éprouvant un besoin insurmontable de respirer l’air naturel dont ils étaient privés de jours durant. A tous les coins de rue des personnes suffoquaient, crachaient de leurs poumons un air que ces derniers n’étaient plus en mesure d’accepter. En lanternant plus longtemps à l’extérieur je ne tarderais pas à ressentir les mêmes complications. L’air de la ville était saturé en dioxyde de carbone et en métaux lourds. La teneur en méthane était des plus inquiétantes. Sans tarder je fis route vers mon appartement. C’était un petit deux-pièces des plus basiques. Un panneau photovoltaïque alimentait tant bien que mal mon petit poste à imagerie numérique. Je retranscris rapidement le niveau de l’eau que remplissait le vieux tonneau étanche qui tenait lieu de réservoir d’eau potable. Celui-ci était surmonté d’un petit filtre à particule qui, lors des rares averses de pluies acides, épurait les quelques litres d’un liquide jaune pour en extraire la ressource hydrique. Quelques rayons solaires parvenaient jusque dans la pièce, ayant bravé des brumes impures de la stratosphère jusqu’aux vitres noircies de l’appartement, tel des obstacles nous séparant de l’astre mère dont nous ne distinguons plus maintenant que le halo de sa lumière. Une aubaine pour le petit bonsaï qui pourra ainsi reprendre ses belles couleurs, car le manque de lumière, qui a été fatal pour de nombreux végétaux depuis la guerre de 2368 ou l’on vis l’atmosphère terrestre s’assombrir, pourrais bien venir à bout de ce minuscule végétal d’une extrême rareté. Je m’appuyai sur mon vieux fauteuil et allumai mon poste. « Mesdames et messieurs bonsoir. Tout de suite les titres de l’actualité pour ce 58 Kator avec la disparition du dernier spécimen d’éléphant ce matin dans la réserve mondiale de biodiversité du continent africain. L’animal était le dernier représentant de l’ordre des proboscidiens. L’espèce faisait depuis des siècles l’objet d’un intense programme de conservation au niveau mondial, reconnu comme étant le plus gros mammifère terrestre vivant jusqu’à aujourd’hui ...». A ces phrases, ma réaction fut de fondre en larmes. Tout ce que la nature avait bâti était en train de disparaître, la biodiversité, la nature sauvage, l’air pur, tout n’est plus que souvenir dans un monde ou plus rien n’a de sens. Dans ma vielle bibliothèque poussiéreuse se trouvait les derniers vestiges d’un monde perdu. Un ouvrage s’y trouvant était intitulé « l’encyclopédie du monde animal ». Je me mis à la recherche de la rubrique « éléphantidé », et sous mes yeux défilèrent les feuilles couvertes de ratures d’où s’échappait une odeur de passé. Il était difficile pour moi d’admettre que nous ne reverrons plus jamais ces êtres uniques, et que tout ce qu’il reste sous nos yeux de ce règne dont nous n’avons jamais trouvé trace dans l’univers, ce sont des êtres semblables à nos propre reflet. Les animaux imprimés sur les pages semblaient me dévisager, dans leur regard se lisait la volonté de ressurgir du passé. Plus jamais nous ne pourrons apprécier la majesté d’un lion, la férocité d’un ours, la grâce d’un aigle en chasse…Chaque extinction s’avère m’atteindre au plus profond de mon âme humaine. C’est bon, j’y suis. Un coup de crayon sur ce qui fut le plus grand mammifère terrestre. Seulement une trentaine d’illustrations restaient encore inaltérées, et parmi elles se trouvait un animal qui, lui et lui seul n’est indubitablement pas menacé : le rat. Lui seul a pu tirer parti du cahot que l’homme a installé. Cet animal sera sans aucun doute en finale de la compétition pour le titre de « dernier représentant du règne animal ». Soudain, un cris retentit:
« Papy, y’a un rat dans le placard ! »
Je pris mon poignard et accouru. Le monstre pris la fuite, traversa la pièce en diagonale et s’empressait d’escalader le mur du fond quand il se figea… « Trop fort papy ! T’as appris ça à la guerre? » Un moment de silence s’était infiltré. Je rétorquai « Ne me parle plus de la guerre, Akhan, je te l’ai déjà dit… ». Le rat vivait toujours et poussait des gémissements aigus. Je m’empressai de l’achever. « Papy, y’a plus de riz ! ». Un bruit de chair tranchée se fit entendre à ce moment là « Sale bête ! » puis avec un soupir de désespoir « Y’a plus qu’a retourner à la Tirga ». La Tirga, c’était la Tirganosphère, un espace clos destiné à l’agriculture et à l’élevage. L’idée qui à d’ailleurs sauvé l’humanité était de confiner sous des serres géante les dernier lopins de terre fertile épargnés par les combats après la guerre de 2368. Les substances ayant été déversées sur le sol terrestre durant la guerre l’on rendu totalement infertile, et les pluies de bombes on finit par chambarder la plupart des entités terrestre qui avaient survécu aux conséquences du réchauffement climatique. Ces serres ont été bâties dans le but d’y exercer une agriculture durable et ainsi nourrir la population rescapée. L’idée est venue du grand Valdaor Tirganov, maintenant grand despote, vénéré comme étant le sauveur de l’humanité. Les quatre réserves mondiales de biodiversité ou sont conservées les dernières espèces animales et végétales sont des Tirganosphères. L’humanité ainsi que tout ce qu’il reste de la biodiversité dépend de ces Tirgas. « On est arrivé, fiston ! ». C’était la première fois que Akhan m’accompagnait à la serre géante. Il était émerveillé. «C’est trop fort !». A ces mots il finit la gourde d’eau que nous avions emporté. Le bâtiment était gigantesque. L’atmosphère devenue étouffante nous pressa de pénétrer l’édifice. Des vigiles contrôlaient les entrées dans la galerie et des infrastructures de sécurisation avait été installées pour éviter tout risque d’attentat dans le bâtiment de la dernière chance, qui était le symbole de la survie humaine. La moindre complication intérieure à la structure pourrait conduire à l’extinction de notre espèce. Nous pénétrâmes dans le corridor qui menait à la salle de partage des ressources nourricières. C’était un long couloir translucide àu travers duquel nous pouvions apercevoir, en contrebas et en dessous du niveau du sol, les exploitations agricoles. Les températures dans les profondeurs sont plus fraîches. De nombreux exploitants s’affairaient dans les cultures. En tranchant à la faucille, en labourant à la charrue, ils employaient des méthodes dignes de nos lointains ancêtres. Et nos pères d’entre-temps, qu’ont-ils eu à leur léguer ? « Regarde, papy, c’est quoi ces bêtes en dessous de nous! ». « Ce sont des cochons, Akhan, ils servent à faire le jambon que nous mangeons.». Nous approchions de l’embouchure du tunnel. On pouvait remarquer à travers les parois que tous les bâtiments étaient fixés au pilier central qui maintenait la voûte de l’édifice. Cette structure centrale servait aussi de réserve d’eau, en récoltant les eaux pluviales qui s’abattaient sur la voûte, qui prenait la forme d’un entonnoir. Nous pénétrâmes dans une salle emplie de clameurs de mécontentement. Une femme criait son désarroi devant le guichet où l’on distribuait les rations alimentaires. On leur répondait « Madame, vous ne pouvez plus solliciter nos services avant 12 jours, votre crédit est révolu » L’ambiance dans la salle n’avait rien de positif. Après une heure et demi d’attente nous étions au bord de la crise de nerfs. Nous quittâmes le bâtiment avec seulement une vielle miche de pain, une douzaine œufs, un morceau de lard, quelques litres de lait et un sachet de pâtes. S’était peu mais cela suffisait pour quelques jours. Nous repartîmes plutôt heureux en direction de nôtre foyer. Ce jour-là le ‘smog’ était plus épais que d’habitude. Nous avions du mal à distinguer le sol. Quelques minutes après être sorti de la Tirga, je commençais à avoir la désagréable impression d’être suivi. C’est à ce moment la que je senti quelque chose s’agripper à ma cheville. Pétrifié de terreur, je stoppai ma marche dans le brouillard. J’entendis alors une voie sourde et suppliante «Pitié, délivrez-moi de se mal qui me ronge… » A ces mots j’eu un élan de terreur. J’agrippai Akhan par la manche et pris la fuite. C’est seulement de retour à l’appartement, à la lumière de la vielle ampoule, que je vis ma cheville gauche et mes chaussures immaculées de sang. Akhan ne s’était aperçu de rien. Je me hâtai donc de me changer. Le soir venu Akhan me demandait pour quelle raison j’avais crié. Je lui répondit seulement que j’avais peur du noir. Puis, pour détourner la conversation mais aussi parce qu’il le fallait, je dit : « Akhan, le temps est venu pour moi de te raconter un peu mon histoire… ».
-D’accord, papy. Vas y, raconte. Je veux savoir comment c’était, la guerre.
-Bien sur, mais avant je doit te raconter ce qui c’est passé avant la guerre. Comme tu le sais, du haut de mes 96 ans, mes connaissances sur la vie et sur l’histoire de notre civilisation sont bien plus grandes que les tiennes. Comme tu à du l’apprendre durant tes stages de développement intellectuel, la monde dans lequel j’ai vécu avant la guerre n’était en aucun point semblable à celui d’aujourd’hui. La nature vivait encore sous le cycle des saisons, le printemps faisait pousser les feuilles sur les branches des arbres, l’automne les en retirait, l’hiver recouvrait les arbres nus de son manteau de neige, les oiseaux chantaient, les animaux étaient encore globalement libres et abondants sur la surface du globe. Mais depuis son arrivée sur terre il y à environ deux millions d’années, et plus particulièrement à mon époque, l’homme à toujours voulu bouleverser les règles de la nature en imposant les siennes à la place. Lorsque il a découvert des gisements d’énergie fossile, l’homme à rapidement su en tirer profit en inventant des machines consommant ces énergies afin d’aider l’homme à s’installer, à se déplacer plus vite, plus loin, à s’informer, à se divertir, puis à produire toujours plus. L’homme a ainsi créé une société de consommation. Puis un jour il s’est aperçu que toute les transformations avait affecté profondément l’équilibre ce la nature. Les espèces se sont mises à disparaître, le climat s’est mis à se dérégler, les continents on commencé à disparaître sous des océans de plus en plus vastes… Les grands penseurs de toute la planète on tiré la sonnette d’alarme, de nombreuses personnes se sont mobilisées pour tenter d'agir contre le phénomène. Ils voulaient stopper l’hémorragie. Mais les effets furent minimes, le processus était alors enclenché et il était pratiquement impossible de le stopper. La majorité des êtres humains continuaient de consommer sans se soucier de ce qui allait se passer. Certains mêmes voyaient en ces changements une cause non anthropique. En 2368, après de fortes tensions internationales causées par l’épuisement des énergies fossiles, une guerre éclata entre les capitalistes et les communistes. Les affrontements entre les deux cohortes furent d’une violence telle qu’elle anéanti en moins d’un an plus de 94% de la population mondiale. Disparurent aussi une grande partie des espèces animales et végétales, et beaucoup de nos technologies, de nos méthodes de fonctionnement et de fabrications. Je fus de cet affrontement, et comme tout les soldats, j’étais prêt à tuer, à détruire pour gagner cette guerre. J’étais artilleur. J’ai tué beaucoup de gens, j’ai détruis beaucoup de notre monde… Je m’en veux maintenant terriblement, et ma seule raison de vivre aujourd’hui, c’est toi, Akhan. Ta grand-mère est morte durant les combats comme la grande majorité des civils. J’ai pu sauver ta mère et ton oncle, qui lui est mort peu après la fin des combats.
-Il ne faut pas t’en vouloir, grand-père, si tu ne l’aurais pas fait, quelqu’un d’autre l’aurai fait à ta place.
-Ce n’est pas comme cela qu’il faut voir les choses, Akhan, même si cela parait logique, et même si cela évite des ennuis, il faut voir les choses autrement. Si tout le monde pensait comme toi, personne ne serait responsable, mais le problème c’est que dans une guerre il y a toujours des responsables, et ce sont ceux qui on tué, détruit ou commandé de le faire… Tous les anciens combattant de 2368 sont de ceux-là…
Le lendemain matin, en déjeunant tranquillement devant le canal numérique de Kromph-Zayomi qui divulgais les nouvelles du jour, un sursaut me fit renverser le verre de lait que je tenais à la main quand on communiqua l’information « C’est ce matin aux alentours de huit heure que deux habitants de Kromph-Zayomi ont découvert, en se rendant à la Tirganosphère, le corps de deux hommes, l’un d’eux n’a pu être identifié à cause des nombreuses lacérations sur le visage. Le deuxième à été retrouvé éviscéré et les membres inférieurs déchiquetés. Nous ne nous prononcerons pas formellement sur ce qui pourrait être la cause de cette mort atroce mais des traces de mâchoires ont été découvertes et sont analysées. Elles pourraient appartenir, selon certains spécialistes, à un spécimen de rat particulièrement massif. Aucun autre suspect sur la liste pour le moment, car le rat est officiellement la dernière espèce de vertébré terrestre à sillonner notre planète à l’état sauvage, et aucun être humain ne pourrait être tenu pour responsable d'un tel carnage… » Je décidai de ne pas parler de cette histoire à Akhan.
Cinq jours s’étaient écoulés depuis l’annonce de la nouvelle. Désormais, plus personne ne sortait de chez lui sans être armé au préalable d’un couteau. Les quelques audacieux sillonnant les rues se faisaient de plus en plus rares. Trois nouveaux cadavres ont étés retrouvés depuis, pareillement massacrés. Bien assez pour provoquer l’anxiété dans la cité toute entière. Je faisait parti des quelques téméraires qui se partageaient les ruelles de Kromph-Zayomi. C’était le jour de l’anniversaire de Akhan. Je sillonnais les quelques boutiques de la ville dans l’espoir de lui trouver quelque chose à son goût. La surprise se lisait sur le visage des marchands lors de mon entrée dans chaque magasin. Peu de personnes pénétraient encore les boutiques par l’extérieur des bâtiments car de nombreux couloirs de liaisons internes permettaient de circuler dans toute la ville sans avoir à mettre le nez dehors. Le premier boutiquier qui me reçu fut un antiquaire. Sur de vielles étagères se trouvait toute sortes d’objets de l’ancienne époque : des livres, des ordinateurs, des appareils photo, d’anciens téléviseurs à écran plasma ou cristaux liquide, et même une voiture à essence et quelques autres engins motorisés. Je pris à Akhan une console multimédia en état de marche et quelques jeux vidéo… Le seul passe-temps amusant dans un monde ou plus rien n’est beau, plus rien ne vit. Les joueurs avaient, en s’imprégnant dans le jeu, le sentiment de quitter leur monde, parfois même ils déchaînaient leur colère sur ceux qui ont détruit leur époque et anéanti leur éden, dans des jeux de guerre et de combat. Pour le retour, je choisis de cheminer par l’intérieur, en raison d’un brouillard épais qui venait de s’installer sur la ville. La route était plus longue en empruntant cette voie, mais bien plus sûre. L’hiver arrivait, la température avait baissé de 36°C en deux jours, ce qui n’avait pas manqué de fragiliser les plus fébriles. La foule se pressait dans la ruelle intérieure. La tête basse, le corps emmitouflé dans de vielles laines, le peuple n’attendait que le retour au foyer, le poste à imagerie, le regard des siens, et n’espérait qu’une nuit emplie d’amour et de songes pour pouvoir s’éloigner de la fatalité du quotidiens et peu être entrevoir et sillonner un monde pur bâti de toutes pièces par leurs espérances. Une rumeur commençait à se répandre dans la ville. Je la surpris dans une conversation entre deux hommes qui marchaient à mes côtés « T’a entendus à ce qui parait y’a des tas de maladies infectieuses qui ont refait surface à cause du froid. Pour certaines d’entre-elles y’aurais plus de traitement maintenant, on aurait perdu la souche des vaccins pendant la guerre… » Cette discutions me laissa songeur. De retour à la maison, les paroles se confirmaient sur l’écran d’imagerie. L’alerte rouge venait d’être installée. Plusieurs maladies infectieuses venaient de se déclarer subitement le jour même. « Akhan, viens ici, j’ai quelque chose à te donner.» Mon petit-fils ne se fit pas attendre, il surgit de la pièce voisine qui lui servait de chambre autant qu’à moi. « C’est pour toi Akhan, joyeux anniversaire fiston ! » Le gamin était heureux. C’était un de mes derniers plaisirs de voir ses yeux briller d’amour pour son grand père.
Deux semaines plus tard, l’humanité était décimée de moitié par des maladies que l’on croyait disparues. Le cannibalisme qui était la raison de nombreux meurtre prenait une ampleur inestimable. Quelques mois plus tard la vague épidémiologique stoppa net. . Tout ceux qui n’avaient pas vécu l’avant-guerre n’avais jamais étés vaccinés, et j’étais le dernier à l’avoir vécu…Je suis à ce jour le dernier homme sur cette Terre avec Akhan, et je consigne la mémoire d’un homme, ce qu'il reste de la mémoire de tous les hommes. La nature a voulu nous éliminer, elle a livré bataille et en est ressortie affaiblie, mais elle puisera dans cette victoire la force qui lui sera nécessaire pour s’épanouir à nouveau. Les rat ont bel et biens gagné la bataille …
Akhan, qu’a tu à dormir depuis temps de nuits et temps de jours… Ton visage s’est creusé, tes membres on séché, tu à le visage de la mort… Ai'je perdu la raison ? Akhan! Akhan! Dois-je admettre l’idée de t’avoir perdu ? D’avoir tout perdu…
Kronh
23 juin 2011
La Clameure des Anges
Un couple d’infortunés voyageurs était en route pour la province de Moo. Bronh était un homme grand et de belle carrure. Il chérissait l’étincelle de santé qu’il lui restait et ne jugeai rien selon les apparences. Sa tendance élitiste l’avait porté à la découverte de profondes limites artistiques. Bronh était un homme sage et les feux de la possession s’étaient éteins en lui depuis longtemps. Il n’était pas attiré par l’argent. Il en était de même pour sa noble compagne. Enha la brune était la noble compagne de Bronh Dansenh, elle se comportait souvent tel une ombre fiée aux bottes de son mari, mais parfois elle le fixait, inerte, plusieurs secondes durant paraissant de longs instants aux yeux de Bronh qui ne semblait pas comprendre la raison de ce changement d’humeur intempestif. Il y avait dans ces moments-là dans le regard de la jeune fille tant de haine que Bronh en aurai pali si ce comportement dont il ne chercha jamais à en connaître la cause n’était point devenu pour lui une habitude. Mais comment aurait-il pu se croire innocent face à tant de haine qui lui était destinée ? Cette question se pose bien avant celle de la cause. S’il ne se savait pas innocent comment aurai t-il pu s’habituer à ressentir chez cette noble femme une volonté si farouche de lui faire du mal. Cela reste un mystère. Cependant la beauté de cette femme était exceptionnelle, et Bronh ne manquait pas d’intérêt pour elle. Enha ne semblait pas en manquer non plus, et les deux amants restaient inséparables la plupart du temps. D’un point de vue financier il y avait satisfaction chez les Dansenh. Bronh et Enha étaient techniciens dans une société de conditionnement alimentaire. Ils ne manquaient de rien sinon de divertissements à proprement parler. Bronh écrivait des poèmes pour Enha, et en retour celle-ci lui exprimait son amour à travers ses grands yeux de fauve, et prenait gracieusement la lecture de ses vers. Bronh s’intéressait beaucoup à la peinture, mais aussi à la musique, aux œuvres sombres et mélancoliques, alliant finesse et violence. Enha admirait beaucoup son mari du fait de sa finesse d’esprit, de ses gouts et de sa nostalgie d’un monde non aseptisé par la société de consommation, sans le combat permanent des déshérités dont la cause est le libéralisme social et sexuel. Elle aspirait beaucoup à rêver et se perdait souvent dans des songes éveillés. Il en était ainsi quand, dans le train qui contenait nos deux nobles voyageurs, un gémissement se mit à monter et Enha se réveilla en sursaut. Elle se mit à observer son mari. Il dormait profondément et son visage avait pris un teint livide. Elle jeta son regard aux alentours. Il n’y avait personne dans le wagon. Le train en partance pour… mais ou allaient ils? Enha n’en avait plus le souvenir. Elle jeta son regard à l’extérieur. Le paysage désolé était magnifique, le soleil était sur le point de se coucher et rendait depuis l’horizon une teinte orangée qui reluisait sur cette étendue d’eau mystérieuse qui jouxtait la voie sur laquelle s’engageai le train. Mais… que se passe-il ? Devant une roche dressée étincelante à l’aspect runique apparurent quartes formes sombres, puis une silhouette humaine se démarqua de chacune d’elles. Enha s’aperçu avec horreur que quartes personnes la fixaient intensément dans les yeux, immobiles, les bras tombants. Les traits de leurs visages lui paraissaient tout à fait cadavériques, puis soudainement et à son plus grand étonnement ils se mirent à danser, les bras sur les épaules de leurs voisins, et ils firent des mouvements de jambes tel des danseuses de cabaret. La scène était atroce et stupéfiante. Enha ressenti dans son esprit le rythme de la musique qui s’accélérait, un rythme totalement martiale et neurasthénique, collant parfaitement aux mouvements des individus dont les traits paraissaient amorphes, et qui balançaient alternativement une jambe puis l’autre, sans cesser de fixer Enha pour qui le spectacle devient insupportable. Pendant ces quelques secondes que durèrent le spectacle le train continuait à avancer à un rythme parfaitement régulier, imperturbable. Le rythme continuait de marteler l’esprit de la pauvre femme qui commençait à trouver son crâne anormalement lourd. Prise dans un puissant tourbillon de dépression, elle laissa tomber sa tête sur le siège de devant. Le battement continuaient, ne faiblissaient pas, et, effet surprenant, Enha commençait à jouir de cette douleur totalement cérébrale. Quelque chose en elle venait de s’éclaircir soudainement, elle ne savait pas quoi. Elle ne voulait pas que cela s’arrête. Elle se sentait comme emportée dans un rêve ou plutôt dans un cauchemar et pourtant elle ressentait du plaisir. Elle fixa son mari qui gisait toujours livide à ses côtés. Soudain il se réveilla et le rythme s’arrêta net. Il reprit ses couleurs et regarda sa montre qui donnait six heures treize et jeta son regard sur Enha, et vit qu’elle le fixa déjà, avec dans ses yeux toute la haine que l’on puisse imaginer contenue dans des yeux de femme. Il ne détourna pas tout de suite ce regard comme s’il souhaitait découvrir dans ces globes miraculeusement attrayant la source de ce sentiment si inhumain. Il détourna alors le visage de sa bien-aimée sans pour autant afficher sur son visage encore terne les traits d’une quelconque résignation. Le soleil avait à présent totalement décliné, et à présent le train filait au milieu de paysages inconnus et Enha attendait quelque peu anxieusement la nuit, période qui cependant la captivait intensément. Elle trouvait la nuit propice aux réflexions et lamentations pour lesquels la journée demandait plus de concentration. Bronh adoptait entièrement son point de vue. Pour eux la nuit était synonyme de la fin de tous labeurs, durant laquelle l’âme est plus sensible, les plaisirs plus intenses. Bronh et Enha faisaient d’ailleurs transparaitre leur amour de la nuit par des tenues sombres, parfois provocantes surtout chez Bronh qui tenait ainsi à faire savoir qu’il était allé jusqu'à explorer les contrées les plus reculées, les extrémités de l’art humain, et qu’il avait distillé l’essence même d’œuvres qui s’était versée en lui et l’avait profondément marqué, et il dégageai de tout cela une certaine fierté. D’un autre côté, au delà du sens artistique, l’image des deux jeunes gens était le reflet d’une personnalité contestataire, sage et originale. Ils ne se souciaient pas le moins du monde des réactions qu’ils suscitaient en société bien qu’ils ne les ignorassent pas. Le jeune couple n’avait de toute façon aucune véritable vie sociale et l’art de la poésie et de la musique chez Bronh, celui de la littérature et de la peinture chez Enha occupaient tout leur temps libre et il ne souffrait pas de manque de contact. A présent, le clair de lune permettait de distinguer des arbres aux abords de la voie. Ils devaient entamer la traversée d’une forêt. Les deux jeunes gens étaient seuls dans le wagon, et il commençait à faire froid. On pouvait maintenant remarquer à l’extérieur quelques nappes de neige sur lesquelles se reflétait faiblement la lueur blanche de la lune. Enha échangea quelques mots à son mari, et celui-ci se blotti contre elle dans un élan de plaisir dissimulé. Enha et Bronh s’aimaient beaucoup, et ils s’étaient attribués pour symbole de leur amour l’astre lunaire, éternel symbole de la nuit, brillant mais n’éblouissant pas, gigantesque mais discret aux yeux des hommes. Le paysage environnant évoquait à Bronh chant gutturaux et guitares abrasives, qui lui insufflait un émoi notable et profond. Les contours d’arbres gigantesques se dessinaient maintenant à l’extérieur, donnant lieu chez Enha à de fantastiques divagations. Des formes bestiales semblaient se mouvoir sur les sols alentours, mystérieuses et furtives, tels de gigantesques corbeaux volant au niveau du sol. Maintenant le souvenir de la destination revint à Enha : le couple avait décidé de se rendre dans la province de Moo, avec l’intention de profiter de la quiétude des châteaux magnifiques qui avaient accru la réputation de Moo depuis leur construction il y à plus de trois par le baron de Guord qui avait eu le désir de créer un état ou la beauté aurai eu la première importance, ayant fait parvenir de tout les horizons les plus grands architectes, paysagistes et peintres qui excellaient dans les styles qu’affectionnaient notre baron. La propriété na jamais dépassé les 35000 hectares, les successeurs du baron ayant préféré après sa mort ne pas continuer le travail colossal entamé, estimant celui-ci ne pas pouvoir être effectué de manière satisfaisante. En effet le baron de Guord avait réussi à créer un équilibre si parfait entre ses créations que la clef n’a jamais pus être décelé par les plus grands artistes. Quelques fussent les projets qui eurent été entrepris, ils auraient eu pour effet s’ils avaient été mis en œuvre de briser l’alchimie qui faisait le fantastique de ces lieux, et c’est pour cela que les descendants et héritiers concentrèrent tous leurs moyens pour la conservation du site. Le baron avait perdu toute sa raison pour mener à bien son projet faramineux, de telle sorte qu’un matin de d’octobre un serviteur qui faisait une promenade aux alentours d’un de quartes lacs de la province de Moo retrouva l’homme pendu à un peuplier. La réaction fut telle dans la province que plusieurs jours de deuils furent décidés par les autorités, et encore aujourd’hui un jour férié a été attribué à la province à la mémoire du baron de Guord, véritable géni qui su mettre en valeur la province de Moo tel que jamais aucun espace atteint par l’homme ne l’eu surpassé par sa beauté brute. En ces jours le peuplier est encore dressé au milieu de la province et fait l’objet d’un véritable culte de la part des autochtones, ceux-ci étant les descendants des artistes qui eurent participés au façonnage de cet endroit et qui décidèrent d’y demeurer. L’arbre serait devenu immortel, ses branches se seraient déformées et l’être recélant l’âme du grand géni serait devenu immensément grand et beau, robuste et à l’allure si impressionnante que personne n’aurait osé le toucher. Les Dansenh avaient bien l’intention de confirmer ces dires par eux-mêmes. Aujourd’hui encore il est possible de pénétrer à l’intérieur du domaine fortifié par des murs de pierre après présentation d’une œuvre picturale, architecturale, littéraire ou musicale qui devait être approuvée par un conseil d’évaluation qui était constitué de deux adultes, deux enfants et deux vieillards : un homme et une femme dans chaque catégorie, choisis par les habitants du domaine de Moo. Au petit matin le train se mit à ralentir, puis stoppa net. Bronh entraina Enha vers la sortie. Les deux amants furent face à une gare déserte. Des feuilles jonchaient un sol fait de dalles de pierres. Autour d’eux des statues, représentations d’anges et de héros, semblaient être érigées là depuis des siècles. Ils restèrent immobiles pendant quelques instants, échangèrent quelques regards inquiets et se mirent en route, suivant la direction d’un panneau portant l’inscription «Chemin de Moo» en caractères anciens. La voie paraissait très peu fréquenté, bordée cependant d’innombrables statues, représentants toujours des hommes forts et des anges, qui se voulaient être les gardiens du voyageur. Enha voulut prendre le temps d’admirer ces travaux magnifiques d’une finesse et d’une beauté assez rare, mais Bronh ne semblait pas y prêter beaucoup d’attention et il avançait d’un pas décidé et régulier, trainant sa jambe boiteuse sur le sol pavé, le frappant de sa cane ce qui produisait des petits bruits secs qui donnaient un rythme rapide. Bronh avait pris de l’avance sur Enha tandis qu’elle se laissait aller à la contemplation, quand soudainement il s’arrêta, tourna sur lui-même par un élan indéfinissable, les mains tendues vers le ciel, le regard plein de douleur dirigé sur les nuages qui défilaient en ce moment à toute vitesse aux dessus de leurs êtres. L’homme s’écroula, ses mains vinrent se poser sur son visage, il paraissait désespéré, la partie découverte de son visage paraissait se contorsionner en un rictus de douleur. L’homme semblait laisser échapper quelques supplications en direction de sa femme qui venait de se rendre compte de la situation. Aucun cri ne s’était fait entendre. L’homme était à présent à terre. Mais quelque chose d’autre venait d’attirer l’attention de la jeune femme. Derrière le corps inerte de son mari qui gisait étendu sur le sol avec la main tendue vers elle, une femme, extrêmement maigre, esquissant un terrible sourire, la fixait avec des yeux entièrement noirs. En fait elle ne distinguait pas d’yeux sur cette femme, et elle aurait été bien incapable de lui donner un âge tant cette personne était maigre. Enha fut aurifiée quand elle s’aperçu que la femme se mit à danser, sur un air qu’elle ne mis que peu de temps à reconnaître. Il s’agissait du troisième mouvement de la deuxième sonate pour piano de Beethoven, que Bronh écoutait souvent. Enha reprenant ses esprits s’avança, puis une fraction de seconde détourna le regard sur son mari qui n’avait pas bougé. L’étrange personnage avait disparu lorsque la jeune femme projeta son regard sur les pavés de l’allée désormais vide. Elle vint en aide à son mari qui se releva avec difficulté, s’appuyant sur sa cane gravée de symboles étranges, serrant dans sa main le pommeau arrondi sur lequel on pouvait distinguer les contours d’un pentagramme. Bronh épousseta son manteau et les deux amants s’enlacèrent et continuèrent leur chemin, se glissant chacun des mots doux à l’oreille. Il était environ huit heures lorsque les deux amants atteignirent le domaine de Moo. Ils admirèrent ensemble le mur de pierre qui fut leur première vision des lieux fantastiques ou ils aspiraient à demeurer quelques jours. Ils s’avancèrent ensuite vers le grand portail et firent raisonner une cloche magnifique qui était incrustée de motifs représentant des voyageurs se rendant au domaine de Moo par plusieurs saisons. Un homme vint ouvrir le portail. Il était vouté et vêtu d’un uniforme noir. Son visage cependant était d’une beauté magnifique et ses cheveux gris bouclés qui lui donnaient l’apparence des anges que les jeunes gens avaient pus voir aux bordures du chemin. L’homme les pria de rentrer au regard des conditions qu’ils devaient de suite aller satisfaire en se présentant devant le conseil d’évaluation, auprès duquel il entreprit de les conduire. En chemin l’homme se présenta. Il se nommait Anthon Wilbur et était le gardien des portes du domaine de Moo. Il les conduisit dans une bâtisse gigantesque au style emprunté aux châteaux de la renaissance. Le conseil était prêt à les recevoir. Ils furent conduits par Wilbur dans une grande pièce aux murs ornés des plus beaux tableaux qu’Enha n’eu jamais pensé pouvoir être conçus de main d’homme. Les six conseillers siégeaient au fond de la salle. Enha et Bronh s’avancèrent avec Wilbur. La stupéfaction d’Enha fut de reconnaître dans quartes des six personnages immobiles les danseurs qu’elle eu aperçu la veille depuis le train. L’une d’eux portait des lunettes teintées de noir. Les quartes personnages étaient maigres à un point tel qu’il fut impossible aux deux amants de distinguer quels étaient les vieillards et quels étaient les deux plus jeunes. Cependant les deux enfants étaient facilement distinguables du fait de leur petite taille. La petite fille regardait Enha vicieusement et affichait un grand sourire. Le jeune garçon paraissait admirer Bronh qui restait imperturbable. La scène en aurait effrayé plus d’un mais les deux jeunes gens était inébranlables. Les quartes adultes n’avaient pas encore donné le moindre signe de vie quand l’un d’eux se mit à parler. Sa voie chevrotante semblait trahir son appartenance au couple des doyens.
- « La porte vous à été ouverte, amis du monde. L’humanité deviens peu à peu sourde à la clameur des anges, la visions de l’œuvre des prophètes ne les réjouis plus. La vie perd son sens profond, celui qui consiste à distinguer le beau en toute chose. L’homme croit qu’il à toujours quelque chose à se prouver par son agir, il adore le classement, il cherche la finitude tout autour de lui, mais son être et fini et le but à atteindre est à l’intérieur de lui, au plus profond de son âme. Quand l’homme se sera dévoilé toute sa sensibilité il n’aura plus qu’à adorer les autres et lui-même, et il trouvera ainsi la force d’ériger un empire du beau, un empire bon. Le domaine de Moo s’en veut être le noyau. Il fut des hommes qui trouvèrent le chemin qui les amena à libérer leur sensibilité et ils furent à même d’extraire la beauté du monde et d’en faire part à leurs œuvres. Ces hommes étaient des prophètes. Le dernier grand prophète fut le baron Guord en son œuvre gigantesque n’est ni plus ni moins que ce domaine. Les hommes du domaine travaillent depuis trois siècles à son l’entretient et nous attendons toujours celui qui un jour sera capable de succéder au baron de Guord afin de pouvoir remplir notre mission qui est d’étendre notre domaine à tout les horizons.
L’homme s’arrêta un instant, paraissant reprendre son souffle et apercevant le tableau qu’Enha tenait entre ses bras il repris.
- Il en est assez des présentations. Il est temps maintenant que chacun de vous soumette un de ses travaux à nos jugements. Tout d’abord vous jeune fille… Jurez vous sur l’honneur n’avoir été aidé dans votre travail par aucun autre intervenant qu’une instance divine ?
- Oui monsieur, je le jure sur mon honneur.
- Bien… Jurez vous sur l’honneur ne pas avoir effectué le travail d’un faussaire ?
- Sur l’honneur monsieur, je le jure.
Le vieillard s’adressa maintenant à Bronh qui se tenait droit et impassible aux côté d’Enha. Il jeta son regard sur la canne sur laquelle s’appuyait le jeune homme. Puis, il s’adressa à lui sur un air sûr de lui.
- Monsieur jurez vous sur Satan, Ange de la Mort nous fournir le fruit d’un travail artistique strictement personnel ?
L’homme ne parut visiblement pas surpris.
- O Satan, je le jure !
- Bien, nous pouvons maintenant procéder à l’examen de vos œuvres respectives si vous n’y voyez aucun inconvénient. Nous commenceront par vous, Enha.
- Mais comment savez-vous...
- Le tableau, s’il vous plait… »
La jeune femme fut hébétée, leur visite ne leur avait pas été annoncée et le tableau qu’elle tendit précautionneusement au vieillard ne portait que ses initiales « ED »
Le vieil homme paru soudain s’émerveiller comme un enfant, lui-même qui avait paru si sage aux deux voyageurs quelques minutes auparavant était maintenant en train de saliver devant le tableau d’Enha. Celui-ci représentait deux vieillards et une femme nue peints dans un style baroque, sur un fond noir. Celle-ci semblait vouloir éviter les regards indiscrets des deux hommes tentant d’envelopper son corps dans un linge fin qui laissait deviner ses formes gracieuses. Le vieil homme se fit arracher le tableau des mains par sa vieille voisine en laissant échapper un grognement - celle-ci ne tôlerait à priori pas ce genre de d’attitude. Elle émit cependant un hochement de la tête en signe d’approbation, qu’imita bêtement son voisin quand vint son tour. La femme à qui suivi paru plus dubitative. Elle avait l’air de prendre son rôle plus au sérieux que le reste du conseil, puis finalement après un examen relativement long faisant intervenir divers instruments, elle fit part d’un avis positif par le hochement de tête significatif. Il ne restait plus que les enfants. Le tour était celui de la petite fille qui avait toujours le même regard vicieux. La petite canaille fit entendre un gros « Beurk » mais cependant garda le sourire, et approuva. Il semblerait que le petit monstre ai des goûts prononcés pour le dégoutant… Enha s’en réjouissait. Ce fut maintenant le tour du dernier membre du conseil, un petit garçon qui devait être un peu plus âgé que la petite fille. Celui-ci pris l’œuvre dans ses mains, la fixa quelques instants, puis détourna la tête vers Bronh avec sur son visage potelé les traits de la confusion. L’homme hésita quelques instants puis tenta d’affecter l’enfant par un regard triste. Le petit garçon était très ému. Il approuva à son tour. Enha avait désormais sa place parmi les habitants privilégiés du domaine de Moo.
C’était à Bronh de présenter son œuvre. Celui-ci avait choisi un poème avec tous les risques que cela comportait. Il savait bien qu’une poésie n’était jamais unanimement appréciée, bien moins encore que d’autres types d’œuvres, car celle-ci met en œuvre un jugement des sens strictement personnel. La parole lui fut cependant accordée, avec une attente impatiente unanime à touts les membres du conseil. Bronh s’engagea dans une récitation. Il connaissait son poème par cœur.
« Tel l’eau vive, torrent sans âme
Les maux de vivre tombent en larmes.
Ne pouvant chuter dans l’animosité
Le rêve encore reste mon seul ressort.
De l’horizon le tonnerre gronde,
Et la pluie vient à crépiter
Sur les carreaux tel un fagot dans l’âtre
Ou mon âme se consume…
Tel du goudron, noir ébène, au plus profond dérangé,
Tournoient en moi la clameur des anges,
Qui, sur leurs allures hautaines
Se plaisent en me destituant
Des bonnes humeurs souveraines
Et arrachant de mon être auparavant tant aimé
Une âme pour la mendicité et un cœur lanciné,
Tel l’eau vive, torrent sans âme »
La citation de Bronh était sublimée par une élocution parfaite, et sa voie caverneuse donnait presque des frissons à l’assemblée. En cela sa présence imposait désormais un profond respect. Bronh s’arrêta et ceci produisis un grand vide qui conséquemment laissait planer le doute au sujet de ce qui allait être le verdict final. Enha n’aurai pas pu laisser son mari à l’extérieur : ils pénétreraient dans le royaume de Moo ensemble ou ils n’y rentreraient pas. Cela était implicitement convenu. Le verdict fut annoncé. Quatre hochements de tête, puis cinq. Le dernier conseiller à ne pas s’être encore exprimé était en proie à tous les regards, et paraissait gêné, il sembla pratiquer quelques mouvements de désapprobation. Bien qu’ils soient en quelque sorte hors de la « grande société », le regard des autres, de la majorité semblait peser sur ceux qui ne prenaient pas le parti de se soumettre à une pression sociale. Ainsi bien que les membres du conseil ne soient seulement que six, la pression subsistait. Seul le couple amoureux seul pouvait librement exercer sa liberté pour ce qui est du jugement sans être soumis à la pression sociale mais une grande force avait permis à Bronh de supporter cette pression même en plein centre de la « grande société » ou il affichait sans aucun gène son extravagance. Bronh ne s’était pas fait le voyage jusqu’au domaine de Moo pour se libérer de cette société, mais seulement, et c’est déjà beaucoup, pour pouvoir évoluer dans un environnement qui pouvait servir à cultiver sa passion en gardant un état d’esprit qui était pour lui d’une grande valeur. Et cet environnement le domaine de Moo le représenterait à merveille ; il avait étudié les quelques documents d’archive qui existaient à se sujet, et l’empreinte de romantisme qu’il en avait dégagé avait suffit à le décider. Enha l’avait évidement suivie. Finalement le dernier des membres du conseil se résigna à faire un hochement de tête significatif, Bronh ne paru pas surpris mais les deux amants s’enlacèrent vivement en complimentant de bonne grâce les six personnages qui demeuraient impassibles sur leurs sièges. Le vieillard repris :
- « Vous êtes désormais les bienvenus dans le domaine de Moo. Vous allez être conduits dans votre demeure prestement par monsieur Wilbur. »
Le vieil homme dit à Enha qu’il garderait son tableau pour les archives et qu’elle pourrait le consulter quand elle le voudrait en en faisant la demande. Il ajouta qu’il était interdit dans le domaine de séparer les artistes de leurs œuvres définitivement. Il s’adressa ensuite à Bronh en le priant de lui faire parvenir une copie à la plume de son œuvre (il n’y avait ici d’autres moyens d’écrire de toute façon). Il fit ensuite un signe à monsieur Wilbur qui invita les deux jeunes gens à le suivre. A leur sortie ils contournèrent le bâtiment du conseil d’évaluation et s’enfoncèrent dans un sentier magnifiquement décoré. Il n’y avait pas de petits artifices déposés sur le sol mais de grandes statues dignes des plus grands sculpteurs représentant des personnages mélancoliques. Les arbres étaient magnifiques bien que nus, aux essences inconnues, tantôt petites et tortueuses tantôt lisses et imposantes. Il n’y avait pas de végétal chétif et pourtant le paysage ne semblait pas aménagé, et semblait évoluer selon des lois naturelles. Cependant Wilbur nous appris à notre grand étonnement qu’il n’en était pas ainsi et que les lois de a nature ne sont pas parfaites pour rendre à la beauté sa plus noble pureté.
- « La nature nous offre de la clameur des anges incrustée dans toutes choses qu’ils nous faut exploiter, nous artistes, pour en l’extraire à l’état brut. C’est donc là que se dessine le noble travail de l’artiste. Quand il y parvient la clameur des anges lui permet de voir la réalité pure et sans phares, ce qui est dur pour l’homme, qui ne s’y habitue jamais, mais celui-ci retire une satisfaction instantanée absolue dans l’accomplissement de son œuvre, et cette satisfaction est la plus grandes de toutes et dépasse celles que peuvent éprouver les plus grands victorieux. Mais cette satisfaction n’est que temporaire comme toutes les autres…
- L’amour n’est il pas une plus grande satisfaction que celle de l’artiste ? demanda Enha
- L’amour n’est pas une satisfaction instantanée mais une volonté durable qui amène cependant à de la satisfaction, mais il n’est pas comparable au travail de l’artiste. »
Les trois personnages évoluaient toujours à travers des décors étranges et enchanteurs. Enha entrevit quelque chose qui ressemblait à un supermarché. Monsieur Wilbur s’exclama :
- « Ceci vous dit quelque chose, n’est-ce pas ? Le baron de Guord avait un penchant certain pour l’avant-gardisme. C’est un entrepôt fait entièrement de métal. On y trouve de tout, c’est gigantesque. Il contient tout ce que vos rêves les plus fous ont de la peine à introduire dans votre esprit. Vous pourrez vous y rendre tout à l’heure si vous voulez, c’est à deux pas de chez vous. »
Une bourgade magnifique apparut aussitôt face aux trois personnages. Un chef d’œuvre d’architecture et d’urbanisme qui donnait peine à y croire. Rien n’était droit, rien n’était aligné, mais ce fait ne donnait en rien un aspect chaotique, et le tout semblait obéir à un ordre, régit par des lois incompressibles qui baignaient les lieux dans une indicible harmonie, mais la première chose qui intriguait Enha, c’était l’impression de déjà vu. C’était pourtant une impression naturelle, qui depuis longtemps n’était plus un mystère pour la science, mais cette fois elle lui paraissait différente. Quand elle vit la maison qui allait être la leur cette impression ressurgit à nouveau plus vive encore. C’était une petite maison d’aspect ancien, comme tout ce qui avait été vus jusqu’alors hormis le supermarché, et qui resplendissait cependant des feux de la jeunesse. Il n’y avait aucun signe de modernité visible aux alentours, plusieurs siècles semblaient s’être succédé sans laisser de marques. D’étranges escaliers de bois menaient à la porte d’entrée. C’était plutôt le style d’escaliers qui se rencontraient en intérieur, mis cela ne semblait pas attirer l’attention des deux jeunes gens. Pas plus d’ailleurs que les sofas dispersés dans les ruelles qui faisaient office de bancs publics, ce qui étalait sur la bourgade de Moo une atmosphère chaleureuse et amicale. Monsieur Wilbur tendit un trousseau de clef à Enha qui le remercia, et celui s’en alla vivement retrouver son poste de garde des portes de Moo. Quelle ne fut donc pas leur stupéfaction lorsqu’en ouvrant la porte, les deux amants y découvrirent un arbre superbe qui se dressait entre les quatre murs. Ils se précipitèrent dans sa direction et découvrirent que des systemes d’échelles et divers échafaudages permettait d’accéder à des habitacles en hauteur. Ils entreprirent sans plus attendre l’ascension de ce qui semblait être leur habitation. Quand ils atteignirent le premier niveau ils prirent un peu de repos. Enha vit alors qu’un homme habillé entièrement de rose, avec un chapeau conique, venait de pénétrer dans le bâtiment. Il était grand et maigre. Il s’arrêta au pied de la porte, le regard vide, sans remarquer la présence dans l’arbre. Il se mit instantanément à courir autour de l’arbre en opérant de grands mouvements des jambes vers l’avant, et tout cela en gardant le regard totalement inexpressif et le buste immobile. Il tourna autour de l’arbre pendant un petit moment puis se mit progressivement à s’en rapprocher, et quand il fut tout proche il stoppa net et se mit à uriner au pied de l’arbre. Enha en colère et interpella vivement Bronh mais celui-ci n’avait rien remarqué. Enha s’aperçut avec rage qu’il venait de partir. Ils reprirent leur ascension. Arrivé au second niveau ils découvrirent quelques pièces de mobilier patiné à l’ancienne dans un style baroque. Il n’y avait rien sinon deux toges dans les tiroirs d’une commode. L’étage suivant était la chambre. Il y avait une liasse de billets sur la table de chevet. Ils étaient tous différent mais indiquaient tous la même valeur de cinq-cents. L’un d’eux était à l’effigie du baron de Guord. Celui-ci arborait une longue chevelure noire et était vêtu d’un costume de teinte semblable. Les deux amants satisfaits se consultèrent et ils décidèrent de se rendre au supermarché sans plus attendre.
Le bâtiment était bien plus grand que l’on aurait pu l’imaginer en l’apercevant du chemin. Ils pénétrèrent dans ce que l’on pouvait qualifier sans exagération de temple de la consommation. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Un homme gigantesque consultait des ouvrages anciens sur le bas d’un rayon. Ceux-ci atteignaient mètres de hauteur et sembler s’aligner sur des centaines de mètres. Les deux jeunes gens s’avancèrent à travers ce paysage qui pouvait prendre les allures de citées de logement HLM pour objets de toute sortes. Enha découvrit avec stupéfaction sur un rayon un ouvrage très rare qui n’avait pas été réédité depuis plus de trente ans et quelle n’avait jamais réussi à trouver. Elle le prit et consulta ses pages. Il était dans un état remarquable. Elle chercha le prix qui était inscrit sur une petite étiquette au dos de l’ouvrage. Il indiquait 7000 de la monnaie qui n’avait pas d’unité. Elle sorti la liasse de billet dont elle ne compta que 100. Fortement déçue elle entreprit de consulter les ouvrages adjacents qui ne coutaient guère moins. Elle se résigna et fit signe à son maris qui l’attendait quelques dizaines de mètres plus loin impatient de trouver le rayon musique. Ils se rejoignirent. Quelques minutes plus tard ils atteignirent le niveau des meubles. Ils étaient inabordables mis ils se comblèrent en les observant. Des petits meubles de cinquante centimètres de hauteur affichaient 20000. Cependant Enha égara son regard sur les niveaux supérieurs et aperçu des armoires gigantesques perchées à une dizaine de mètres au dessus d’eux. L’une d’elle laissait pendre une étiquette qui indiquait 100. Enha ne su quoi penser de cela et décida qu’ils demanderaient de plus amples informations au passage en caisse. Ils continuèrent à avancer parmi des objets étranges et loufoques. Ainsi ils traversèrent un rayon qui ne contenait que des volailles déplumées en plastique qui agitaient leur tête ou rebondissaient sur leur postérieur. Arrivés au rayon animalerie, ils eurent tout plaisir à contempler des animaux de toutes sortes évoluant des aquariums gigantesques. Ils passèrent rapidement et se dirigèrent vers le rayon des plantes. Des milliers de pot étaient entreposés dans lesquels se développaient des être d’une très grande variété. Enha avait pris l’initiative de s’enfoncer dans cette jungle gigantesque quand elle s’aperçue que Bronh ne la suivait plus. Elle ne s’arrêta pas pour autant et continuai d’évoluer à travers ces créatures étranges. Elle découvrit un passage entre deux pots de fleur qui contenaient de grands arbres et s’avança sur un sol boueux et jonché de feuilles mortes. Les végétaux en pots maintenant formaient autour d’elle une véritable forêt tropicale impénétrable. Elle continuait d’avancer imperturbable, à travers les pots de toutes tailles elle n’avait pas peur, car l’ambiance était toujours celle d’un supermarché, avec une musique lente et mélodique qui se diffusait dans l’air. Arrivé au bout de ce qui s’avérait être un cul-de-sac, elle tomba émerveillée devant un phénomène intriguant. Elle venait de se frotter à une plante étrange qui aussitôt s’était recroquevillée sur sa tige. Sur le pot il y avait une étiquette sale sur laquelle était inscrit le prix qui était de 1. Enha était surprise. Elle n’hésita pas, pris le pot dans ses bras puis se dirigeai vers la sortie de la « forêt ». Elle retrouva Bronh dans le rayon musical. Il avait trouvé de quoi faire son bonheur. Ils suivirent ensuite les panneaux qui indiquaient la sortie du magasin. Quand ils l’eurent atteinte, ils payèrent à l’unique caisse, qui était tenue par un individu souriant dans un rictus forcé qui allait très bien avec son visage lisse au teint plastifié. Il avait les oreilles décollées et une barbe postiche.
- « Bonne journée messieurs dames ! »
La sortie du magasin était déserte. Il n’y avait pas de véhicule ni de parking. Il faisait nuit maintenant. Bronh et Enha suivirent le chemin en ligne droite qui allait en direction de la ville. Il faisait maintenant froid et humide et de la terre mouillée émanait une odeur agréable qui rendait heureux. Cet humus humide dégageait l’odeur du vieux, des forêts et leur donnai de la joie de vivre, car il éveilla un souvenir qui restait intact de leur enfance. L’odeur de la terre diffuse dans l’air frais du soir et la quiétude environnante en ces débuts de soirées pluvieuses faisait ressurgir les souvenirs mais était aussi et de ce fait à l’origine de pensées qui allaient jusqu’à dresser un bilan de conscience qui faisait sombrer dans la mélancolie. Dans ces moment-là tout semble si beau, si brut, si réel, on a l’impression qu’aucun obstacle n’entrave la perception, et l’esprit divague et vagabonde dans le temps, dans l’espace, dans le passé et dans le présent jusqu’à la ligne d’horizon, dans le futur et l’irréel. Mais cet état de conscience ne dura pas longtemps cher Enha car la jeune fille venait de remarquer qu’elle était désormais seule au beau milieu d’un cimetière. Les gigantesques statues disposées aux alentours et que le clair de lune faisait reluire sous la pluie battante semblaient quand à elle refléter l’état de conscience qu’elle venait de perdre à l’instant en oubliant le calme de la nuit, car Enha était toute seule désormais, et la peur et l’angoisse se substituèrent peu à peu à la quiétude de quelques instants, et les sons les plus insignifiants se muèrent en rugissement et froissements mystérieux. Enha se senti soudainement capable de se jeter dans l’armure de l’inconscience. Maintenant tout n’avait plus d’importance, elle se sentait puissante au point que la peur ne pouvais plus l’atteindre. Elle entreprit telle une hystérique de briser des tombes et sautant dessus à pieds joints. Elle s’imagina brisant des boites de bonbons et parfois elle chutait dans la tombe et faisait de grands gestes pour ramasser ce qui se trouvait à ses pieds, portait ses mais à sa bouche et consommait ce qu’elle imaginait être des bonbons. Puis elle sortait de la tombe, enjambait les suivantes et recommençait son manège quelques mètres plus loin. Ce qu’elle savait désormais c’était que son armure n’était pas celle de l’inconscience mais bien celle de la conscience. Elle se savait en dehors de la réalité, elle venait de prendre conscience du songe, car elle en était désormais sure ; elle rêvait. Elle continua de détruire son environnement à coups de pieds comme un décor de jeu vidéo, puis elle aperçu un tunnel et s’y engagea sans réfléchir. Elle se mit à courir à l’intérieur du corridor étroit, sombre et humide en gardant les yeux fixés droit devant elle, sans même prendre garde ou elle mettait les pieds…
Enha se réveilla en sursaut. Il faisait un grand soleil au dehors. Elle se leva rapidement puis se dirigea vers la porte de sa chambre, puis failli trébucher sur une plante du parquet qui se décollait du sol. Elle stoppa sa marche, stupéfaite ; le soulèvement de la planche venait de révéler à Enha un paysage de gorges qui se trouvait au dessous de sa chambre et qu’elle n’avait jamais remarqué. Toutes les planches se mirent alors à vaciller et Enha fut déséquilibrée et chut dans le vide. Elle ’avait pas peur et se mit en position de plongeon, et quelques secondes plus tard elle pénétra dans les eaux froides des profondeurs de la gorge la tête la première. Elle plongea ainsi jusqu'à environ trente mètres de profondeur, près du fond qui était parsemé de grandes algues qui de présentaient sous la forme de longs filaments verts…
Enha se réveilla en sursaut. Il était dix heures treize sur son réveil et il faisait un grand soleil au dehors, mais il avait du pleuvoir car les carreaux de la chambre ruisselaient encore de l’extérieur. Elle venait encore de faire un rêve étrange et déjanté comme elle en à coutume, mais elle ne se souvient plus, en tout cas pas assez. Elle se souvenait cependant qu’elle venait de simuler son réveil ; c’est ce qui se passe parfois quand on prend conscience du rêve. Celui-ci prend fin et laisse la place à un autre qui se déroule de nouveau avec la conviction d’être réel. Enha se figea, assise sur son lit en contemplant l’extérieur, pensivement. Elle avait l’impression d’avoir vécu quelque chose d’exceptionnel, mais peu de choses lui parvinrent à l’esprit, seulement des images, des images superbes mais confuses. Elle s’empressa d’en griffonner quelques-unes sur petit carnet à spirales qu’elle tenait toujours à sa portée. Il y avait parmi elle un supermarché, des falaises gigantesques et un paysage parsemé de statues d’anges, de guerriers et de héros. Quand elle eu terminé, elle se levai et prenant soin de ne pas réveiller Bronh qui dormait à ses côtés puis posant son carnet à spirales sur la table de nuit ainsi qu’un livre sur lequel elle s’était endormie la veille, elle s’aperçu que le chien avait encore pissé sur le tapis de lit, et que les gouttières du toit avait encore inondé le sol vers la porte, et des planches gondolées et pourrissantes commençaient à se décoller. Elle se souvenait pourtant d’avoir fermé la porte, elle ne comprenait pas. Face à de tels agissements elle se sentait impuissante. Ensuite, elle se dirigea vers la cuisine, de nouveau pensive. Le livre posé sur son lit était intitulé « La clameur des anges » et était l’œuvre du baron de Guord, personnage atypique qui passionnai Enha, friande d’utopie et passionnée par le rêve. Arrivée à la cuisine, elle se mit au travail ; aujourd’hui elle devait recevoir sa famille à diner, et c’était beaucoup de ménage en perspective, de la cuisine et par conséquent de la vaisselle à faire, et Enha n’aimait pas cela du tout. En plus, elle ne supportait pas sa famille, elle savait qu’ils allaient encore lui faire des remarques dégradantes, juger sa tenue, son style. Mais elle n’en ferait rien, elle avait décidé qu’elle n’en avait rien à faire, et ce n’était pas eux avec leurs viles objections au sujet de son œuvre, de sa sois disant immoralité, et de sa paraisse qui était en train d’entrainer elle et Bronh dans la misère, d’après ce qu’ils disaient, eux et leur philosophie à deux balles, leur vie inutile qu’ils considèrent comme remplie dans leur idéal libéral absolu ou ils se plaisent et qui selon eux fait d’eux des méritants mais qui en vérité ne les rend que plus vils, plus amers et plus lâches. Ils ne considèrent plus comme leurs semblables ceux qui ont échoué au sein du « système », qui représente leur « idéal » admis. Risibles vermines, ce n’est pas eux qui lui permettront de franchir les portes du paradis. Enha n’en pouvait plus de supporter une existence ou la perception était si superficielle, ou les relations dérivant de l’insensibilité réciproque rendait l’homme plus vil et plus lâche, dans un monde ou l’erreur admise comme vérité et bienfaisance enchaine l’esprit à un modèle, un idéal communautaire et invisible dont on ne peut se délivrer qu’en le déterrant des racines de l’humanité. Non, décidément le seul endroit ou l’esprit est libre et maître de lui-même, c’est le dernier domaine de l’homme; le songe, de même terre de la beauté pure et de l’irrationnel.
La pitiée de Satan
Pétunia est seul au monde
Un, deux, trois linceuls
Fresque gore au sol immonde
Etincelle au feu sacrificiel
Pétunia tes fils t’on laissé seule
Démembrés sous un ciel qui gronde
Par l’insanie des siècles délibérés,
Tous les jours te viendrons de frondes.
Pétunia vaincra, O Satan le bohème,
Sur tous tes philtres et tes écueils,
Ta volonté sera la mienne,
Par tout les cieux pacque je t’aime.
